Déployer des applications Saas sur Cloud Public est devenu très populaire chez certaines Directions Métiers en France. Tout ceci pourrait être amené à changer avec la nouvelle directive Européenne (GDPR) sur la protection des données personnelles qui entrera en vigueur en 2018. En effet cette réglementation exige une très forte gouvernance des fournisseurs hébergeant ces données. Le risque de recevoir une pénalité de 4% de son chiffre d’affaire mondial en cas de non-conformité pourrait donc inciter certaines Entreprises à demander à leur DSI de reprendre l’initiative.
Ce n’est donc pas un hasard de calendrier si l’ANSSI (Agence Nationale de la sécurité des systèmes d’information) a créé conjointement avec son homologue allemand (BSI) un nouveau label nommé European Secure Cloud (ESCloud). Une première version du référentiel des exigences a été publiée en décembre 2016. Elles couvrent les aspects suivants :
Mener une politique de sécurité en regard d’analyse de risques. Celle-ci devant être faite périodiquement pour une même application.
Avoir un responsable de sécurité de l’information, un responsable de la donnée personnelle et un responsable de la sécurité physique de ses installations.
Avoir un plan de sensibilisation à la sécurité au niveau ressources humaines : charte éthique, formation, gestion et capitalisation de la connaissance.
Avoir une politique de contrôle et droits d’accès pour ses bâtiments et certaines zones plus sensibles.
Avoir une cartographie de son SI au niveau infrastructure à jour.
Encrypter les données sensibles et chiffrer les flux. Hacher les mots de passes pour ne pas qu’ils soient accessible en clair.
Avoir une politique de sécurité pour prévenir et surveiller les failles: journaux d’évènements horodatés, analyse du code source si possible, tests d’intrusion fréquents, …
Avoir une politique de gestion des incidents de sécurité y compris de manière préventive.
Avoir une convention et un respect des engagements avec les sous-traitants participants à la mise en œuvre du service.
Garantir une localisation, un traitement des données et une gestion des opérations du datacenter au sein de l’Union Européenne.
Autoriser un organisme certifié par l’ANSSI à venir l’auditer et vérifier le respect de ses exigences.
Pour ceux qui douteraient de l’importance d’avoir un fournisseur de confiance, voici quelques chiffres 1 :
81% des entreprises françaises se sont dit victimes d’une cyberattaque en 2015.
Se remettre d’une violation de sécurité coûte en moyenne 800 000€.
9 semaines sont nécessaires en moyenne pour corriger une faille de sécurité.
35% des incidents de sécurité auraient été généré (parfois malgré eux) par les collaborateurs de l’hébergeur de ces données.
La plupart de ces exigences étaient déjà incluses dans les principales normes de sécurité reconnues par le marché : ISO-27001, SOC1, SOC2, CSA-CSM. L’effort à fournir pour obtenir ce label (GDPR) est donc faible pour les fournisseurs qui avaient déjà obtenu les principales certifications. C’est cependant une bonne chose d’avoir créé un label Européen pour rassurer les entreprises du vieux continent. En effet, que veulent les Directions Générales et les DSI ? Avoir l’engagement que le fournisseur de l’hébergement pourra assurer la sécurité de leurs données et que celles-ci ne vont pas se retrouver aux mains d’un concurrent, d’un gouvernement étranger ou d’une organisation malveillante. Ces entreprises veulent maîtriser le droit d’accès à ces données et ont besoin de partenaires qui accepteront d’être transparents et de partager la responsabilité de conformité sur la protection des données.
Au moment où nous rédigeons ces lignes, seuls 3 fournisseurs de services cloud ont fait la demande du label. Cependant il est fort à parier que tous les principaux acteurs du marché tenteront à moyen terme de décrocher ce précieux Graal qui leur facilitera l’accès au marché des entreprises européennes. Les entreprises françaises utilisaient jusqu’à maintenant très peu le Cloud et principalement pour du stockage ou des services de messagerie en mode SaaS. La plupart d’entre elles mettaient en avant les risques liés à la sécurité comme frein à son utilisation. L’obtention de ce nouveau label Européen est donc un pas en avant pour permettre de gagner la confiance des décideurs.
Pour conclure, il est fort à parier que nous devrions observer une hausse de part de marché des offres IaaS et PaaS sur Cloud Privé et voir une baisse de celui sur Saas déployé sur Cloud Public. Les DSI n’ont plus d’autre choix que de reprendre le contrôle de ces environnements. La part de « Shadow IT » dans les entreprises devraient donc diminuer aussi significativement. Le risque de recevoir une pénalité de la CNIL étant trop grand en cas de non-conformité à la GDPR.
1 : D’après l’article « Cybersécurité : Cinq chiffres clés à connaître »
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Développer le leadership en agissant à contre-courant des usages traditionnels
Développer le leadership en agissant à contre-courant des usages traditionnels
Je suis intervenu le 10 octobre dans une grande banque française à l’occasion de leur « Agile Day » annuel. On m’a demandé d’intervenir sur l’impact de la transformation agile sur le management.
Mon constat est que la transition managériale dans les grands programmes de transformation agile n’est pas efficace. Ce constat commence à être partagé et mes réflexions m’ont amené à identifier une approche différente de celle traditionnellement mise en œuvre.
Pour développer les Hommes, travaillez sur l’environnement en premier
Quand vous souhaitez amener une entreprise vers un leadership plus agile, il ne suffit pas de décréter qu’elles doivent devenir agiles. Il est nécessaire de rénover le système, qui dans la quasi-totalité des cas, n’est pas compatible en l’état.
Supprimer les silos entre les métiers, les équipes de développement et les équipes de production (approche que j’appelle BIZDEVOPS) est une première étape d’une transformation agile. Modifier les mécanismes contre-productifs, comme les systèmes d’objectifs orthogonaux entre DEV et PROD par exemple, devrait être l’étape suivante. On peut même imaginer une gouvernance d’entreprise basée sur une information transparente, fraîche et honnête, générant des prises de décisions décentralisées et efficaces.
Pour travailler sur le système, vous pouvez démarrer par :
identifier clairement et communiquer beaucoup sur la vision de l’entreprise : son but, sa raison d’être. Finalement, le rôle du dirigeant pourrait se résumer à cela : répéter encore et encore la raison d’être de l’entreprise. C’est d’ailleurs une constante dans les organisations « libérées » qui surperforment dans leurs domaines d’activité.
décentraliser les prises de décisions en donnant plus d’autonomie. Cela signifie en corollaire de garantir un accès transparent à l’information, de développer les compétences, de bâtir des interactions basées sur la confiance mutuelle et de donner le droit à l’erreur dans une approche « fail fast, learn fast ».
Former n’est pas assez
Une fois la prise de conscience et les modifications réalisées au niveau de l’organisation, accompagnez vos managers dans le changement nécessaire de posture. Car en modifiant l’organisation et les interactions entre les différentes parties prenantes, l’impact sur le manager est plus important qu’il ne pourrait y paraître. J’ai déjà rencontré des chefs de projets qui venaient se plaindre de l’agilité parce que leurs équipes parlaient désormais directement avec le Product Owner pour la priorisation des sujets, alors que c’était leur prérogative quelques mois plus tôt.
D’une approche où le manager est traditionnellement un sachant promu pour sa compétence technique (et pas forcément sa compétence en leadership !), nous évoluons vers une approche où le manager s’oriente plutôt vers une posture d’hôte (Host Leadership) ou de coach, avec comme objectif de faire émerger de nouveaux leaders dans son équipe.
Plutôt que d’envoyer les managers en formation pour leur apprendre des recettes qu’ils ne pourront/sauront pas appliquer dans la plupart des cas, préférez un accompagnement sur le terrain. La formation peut être envisagée comme un apport complémentaire si nécessaire et dans un second temps. Le coaching des équipes et des individus amène des résultats bien plus probants car les acquis sont ancrés dans le concret, et surtout, l’apport régulier du coach sécurise la montée en compétences opérationnelle. L’expérience du coach va aussi aider à gérer des situations délicates qui ne manqueront pas d’arriver, et également à identifier les ajustements nécessaires aux modifications réalisées sur le système, dans une approche d’amélioration continue.
En tant qu’architecte d’entreprise, l’agilité fait partie intégrante de ma vie et des projets depuis déjà quelques années. Mais qu’il est difficile de s’y retrouver dans tout ce qui est, ou se prétend, Agile. Alors comme tout bon architecte d’entreprise, j’ai commencé par faire un état des lieux : une cartographie.
Attention : ici je ne parlerai pas de technologies (chaque chose en son temps) mais bien de méthodes et d’approches.
Agilité, vaste monde !
L’agilité tout le monde en parle mais qui en fait vraiment ? De quelle agilité parle-t-on ? De méthodes Agile ? Plutôt que méthode, les termes utilisés sont plutôt culture, approche, mouvement ou courant Agile. L’agilité est mise à toutes les sauces : pour faire de l’innovation, de la gestion de projet, des modes de déploiement mais aussi pour le management d’entreprise.
Et l’agilité s’appuie sur des techniques plus anciennes comme le Lean, qui intègre Kanban et Kaizen.
Certains ont imaginé une carte de l’ensemble des pratiques Agile (voir ci-dessous) ressemblant au métro de Londres. J’avoue qu’avant j’étais un peu perdu, maintenant je suis complètement noyé !
Donc afin de simplifier et de présenter les pratiques d’un point de vue « Externe » à l’agilité, j’en propose une autre :
4 catégories pour s’y retrouver :
Le niveau entreprise : l’agilité a pour vocation de conquérir toute l’entreprise et de proposer de nouveaux modes de management
L’innovation : comment s’organiser pour trouver des solutions innovantes, des produits adaptés aux utilisateurs ?
Equipes et Projets : le Manifeste Agile et la méthode Scrum notamment rentrent dans cette catégorie, pour les projets de petite et moyenne taille. Utilisables par tous les projets mais surtout appliqués dans les projets IT à ce jour
Build et Opération: ensemble des méthodes et des techniques permettant d’implémenter dans le SI les produits délivrés par les projets
En parallèle, une catégorie « Techniques et Ateliers » est identifiée pour rassembler l’ensemble des techniques d’animations proposées dans le cadre de l’agilité et définir leur utilité.
Nous avons choisi de présenter ces 4 catégories dans un ordre qui part de l’innovation, puis des équipes et projets pour aller vers l’implémentation de leurs produits dans le SI en finissant par le déploiement de ces approches au niveau de l’entreprise.
L’innovation
Avec les nouvelles technologies et les nouveaux usages, sont apparues des techniques permettant de faire émerger l’innovation. Ces techniques mettent au centre de ces approches les utilisateurs des futures solutions et produits. Ces démarches sont souvent itératives et donc correspondent bien à la gestion des projets en agilité.
L’apport de ces démarches est de « se mettre à la place de ». Le concepteur de solution doit apprendre à penser comme la personne pour laquelle il doit bâtir une solution. Tous les concepteurs ou les MOA se sont plaints un jour que « le métier » ou « le client » ne savait pas exprimer son besoin. Le problème se résout de lui-même avec ces techniques. Basées sur les interactions avec les futurs utilisateurs, les personnes dont le métier est de concevoir peuvent comprendre voire anticiper leurs attentes.
L’innovation ne peut pas être encadrée ou commandée. Des principes d’innovation et les conditions pour créer de l’innovation peuvent être identifiées et donc mis en place rapidement pour sortir des anciens modes de conceptions de solution.
Méthodes et approches : Human-centered design, Design Thinking, Innovation game
Equipes et projets
Un changement de paradigme complet dans la manière de gérer les projets est apparu avec les approches Agile. SCRUM est la méthode de gestion de projet Agile la plus connue mais il en existe d’autres.
Cette approche a radicalement changé la manière de conduire des projets, le traditionnel « cycle en V », et de produire des résultats. On avance par itération, par incrément. Finis les effets tunnels. Les résultats sont rapidement concrétisés et il est possible de réagir au fur et à mesure.
Les projets en mode agile permettent d’adapter les produits au fur et à mesure de l’avancement du projet et de la réflexion.
Ces approches ont apporté de grands changements dans les méthodes de travail avec des réunions plus courtes mais plus fréquentes (tous les matins !), du management visuel, des capacités d’adaptation et d’auto-organisation qui sont à l’inverse des habitudes de management des anciens projets et de tous leurs travers.
Mais surtout ces approches ont entamé une révolution culturelle car elles font travailler ensemble de manière régulière et rapprochée des équipes, des spécialités qui ne se côtoyaient que peu ou rarement. Ces différents métiers ne se comprenaient pas ou mal. Les faire collaborer est toujours un challenge mais qui conduit à des résultats très concrets.
Méthodes et approches : Scrum, eXtreme Programming, Rapid Application Development, Domain Driven Design, Disciplined Agile Delivery, Dynamic systems development method (DSDM), Crystal Clear, le Manifeste Agile
Build et opération
Un des principes des projets en agilité est de pouvoir livrer régulièrement des incréments de valeur. Le but premier est de pouvoir tester ces incréments au fur et à mesure et de vérifier qu’ils satisfont l’utilisateur final. Dès lors, ces produits partiels (fonctionnels) peuvent être mis en production sans attendre la fin de l’ensemble des sprints.
Encore faut-il que le SI soit prêt à supporter ces mises en production régulières. Il est nécessaire de mettre en place des usines logicielles permettant de produire, tester, mettre en production et maintenir en fonctionnement les produits dans les meilleurs délais. Pas question d’attendre plusieurs semaines ou mois avant de mettre en production un produit prêt.
Les phases de validation, tests, recettes, peuvent être très consommatrices de temps. Elles doivent donc être anticipées et automatisées au maximum pour atteindre une vraie industrialisation. Les gains de temps et de qualité atteints grâce aux équipes et projets ne sont ainsi pas perdus dans les étapes de tests et de mise en production.
Les équipes IT ont mis en place des stratégies qui permettent, dès le début des projets, de prévoir ces futures étapes. Les tests sont identifiés dès le départ et sont automatisés. On parle d’intégration continue, de déploiement continu, de livraison continue.
Et une fois les produits en production, il faut les maintenir et les exploiter. L’approche DevOps (qu’on peut définir en quelques mots par l’agilité pour les opérationnels) devient de plus en plus utilisée aujourd’hui. Cette approche illustre bien le passage sans heurt de la conception des solutions vers leur mise en production et leur exploitation. Les équipes d’opération et de développement travaillent ensemble, et non plus en campant sur leurs positions respectives : « je n’ai pas les documents pour assurer la maintenance », dixit la maintenance, « je ne sais jamais quels documents ils veulent », dixit les développeurs.
Méthodes et approches : Le test-driven development (TDD), Behavior Driven Development (BDD), Continuous delivery, Continuous deployment, Mikado Method, devops
Le niveau entreprise
Faire travailler des équipes en mode agile suppose de la responsabilisation et de l’autogestion. Le reste de l’entreprise, et notamment le management, ne peut continuer à fonctionner comme avant au risque d’être contre-productif.
En agile, c’est l’équipe (via notamment le Product Owner) qui est responsable de son produit, le rôle du manager n’est plus alors de décider ce qui doit être fait.
Le manager change de rôle et c’est un vrai changement culturel. Les hiérarchies actuelles n’ont pas du tout été formées à ces approches. Le manager devient un facilitateur, celui qui met dans les bonnes conditions, c’est aussi un vrai relai d’information dans les 2 sens (vers l’équipe mais aussi vers le reste de l’entreprise).
Comme tout changement, il entraine des pertes de repère, de la résistance au changement et donc il doit être maitrisé et accompagné. Plusieurs méthodes, modèles et approches démontrent les bénéfices que l’on peut en tirer sans en nier les difficultés.
Méthodes et approches : Agilité à l’échelle (SAFe, LeSS, Spotify, Nexus), Management 3.0
Les ateliers
Un des principes fondateurs de l’agilité est la co-construction. A ce titre de nombreux types d’ateliers de travail existent. Ils ont pour but de faire réellement travailler ensemble les personnes au sein des équipes, de développer les « softskills » (compétences humaines) mais aussi produire des résultats : produits, plannings, études d’impacts etc. Le nombre d’ateliers et de variantes est infini, même si environ une quarantaine de techniques d’animation se détachent. Nous proposons un regroupement sur 8 thématiques :
Icebreaker : idéal pour se lancer quand les gens ne se connaissent pas ou peu.
Intelligence collective : démontrer la force de la collectivité mais aussi ses manières particulières de fonctionner
Planification (et volumétrie) : construire ensemble des plannings, faire des estimations
Définition de cible : vers où voulons nous aller ensemble, qu’est-ce qu’il est réaliste de proposer ?
Impacts et trajectoire : comment aller vers la cible, quels sont les impacts des changements proposés ?
Priorisation des travaux : décider ensemble de ce qui est prioritaire
Conception de produit : orienter vers l’innovation et la recherche de solutions
Team building : construire des équipes qui savent travailler ensemble et communiquer efficacement
Ces ateliers peuvent être utilisés individuellement mais surtout en combinaison pour atteindre encore plus rapidement et efficacement l‘effet recherché. La durée varie de 15mn à 3j.
Intenses et efficaces, ces ateliers permettent de débloquer des situations et de remettre du lien dans des équipes, de les remotiver pour leur travail : un icebreaker, puis un teambuilding avant de faire de l’innovation et de la priorisation. Le tout en une journée. L’équipe en ressort non seulement remotivée mais surtout avec des résultats concrets et directement utilisables dès le lendemain
Une fois ce paysage posé, l’agilité peut effectivement être identifiée un peu partout dans l’entreprise.
Les architectes d’entreprise en tant que garants de la vision d’ensemble du SI doivent accompagner ce mouvement et y prendre part. Plusieurs niveaux vont être abordés dans notre série « Architecture d’entreprise et Agilité » :
Chapitre 2 : détournement de valeur. Toutes les fausses ou contre-vérités entendues à propos « des projets Agile »
Chapitre 3 : comment l’architecte d’entreprise peut aider à concevoir et entretenir un « SI Agile »
Chapitre 4 : comment les architectes d’entreprise (mais aussi les autres) peuvent interagir avec les projets en agilité.
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L’industrialisation des paiements européens : un long chemin déjà parcouru
L’industrialisation des paiements européens : un long chemin déjà parcouru
Les banques, sollicitées par la Commission européenne et la Banque Centrale Européenne, ont été les maîtres d’œuvre des nouveaux moyens de paiements dont le cahier des charges était à construire sous la surveillance du régulateur européen.
L’ambition de créer un espace unique de paiement en euros est venue s’ajouter aux nombreux défis du vaste projet qu’est la construction de l’Union Européenne. Elle s’insère entre la volonté d’un marché européen libre et concurrentiel – notamment dans le domaine des paiements – et la construction de la zone euro.
Les banques, sollicitées par la Commission européenne et la Banque Centrale Européenne, ont été les maîtres d’œuvre des nouveaux moyens de paiements dont le cahier des charges était à construire sous la surveillance du régulateur européen.
Bien que certains aspects restent à améliorer, le SDD et le SCT sont harmonisés, automatisés, plus simples, plus rapides et moins chers.
Tout au long de cet article, nous reviendrons sur les différentes phases de construction des premiers paiements européens, ainsi que les défis à venir, à savoir :
la création de l’EPC,
l’harmonisation des messages de paiement sur un standard ISO,
de nouveaux services proposés par les chambres de compensation au niveau de chaque Etat et au niveau Européen,
les organes de gouvernance,
les prochains défis qui restent à relever.
La création de l’EPC, organe pan européen pour la conception et le suivi de la mise en œuvre des paiements SEPA
Les établissements bancaires ont créé un organe autorégulateur commun – l’EPC – composé de collaborateurs des différentes banques de l’Union Européenne, facilitant ainsi le travail collaboratif et la communication avec la Commission et le Parlement Européen.
Un des premiers livrables de l’EPC a été de spécifier les opérations bancaires et leurs règles homogènes à appliquer au sein de l’espace SEPA.
Les principales caractéristiques structurantes du SEPA qui en découlent sont:
Un cycle de vie des opérations avec un début et une fin
Jusque-là, en France, une opération pouvait faire l’objet de plusieurs échanges (effet ping-pong : émission, rejet, rejet du rejet, rejet du rejet du rejet, OCR/ODR voire AOCT). Cet aspect a d’ailleurs affecté les opérateurs français qui ont eu des difficultés à supprimer ces usages (ex. : rejet du rejet Minos sans R-Message équivalent).
La définition claire des rôles et périmètres des acteurs : A titre d’exemple, dans le cas du SDD, ce n’est plus aux banquiers qu’incombe la responsabilité du débit au compte de son client. En effet, le client ne communique plus à sa banque les autorisations de débit par un tiers identifié par un NNE (numéro national d’émetteur), mais signe un mandat de prélèvement auprès de son créancier qui a ensuite l’obligation de le stocker et d’apporter la preuve en cas de contestation.
L’harmonisation des messages sur un standard ISO
Une fois le modèle SEPA construit, l’EPC a demandé à Swift de travailler sur l’adaptation du standard ISO 20022 pour supporter les échanges des messages de paiement de la zone euro. Cette norme s’appliquait déjà à d’autres domaines tels que titres et les fonds et le commerce international.
Le standard ISO 20022 a pu être adapté au cycle de vie défini pour les opérations SEPA, en raison de la méthode de modélisation des échanges de données à partir des processus métier.
Par ailleurs, il a été décidé d’adopter la syntaxe XML, notamment par SWIFT qui l’avait choisie dès 1999 puisque considérée plus souple, facile à maintenir.
Des nouveaux services proposés par les chambres de compensation
D’un point de vue macro, la solution retenue a été de capitaliser sur l’expérience ABE, chambre de compensation pan européenne, via l’ouverture d’un nouveau service (STEP2) pour les paiements de masse en euros échangés entre banques des différents pays de la zone SEPA ou à l’intérieur d’un même pays.
D’un point de vue micro, il a été nécessaire que chaque partie prenante (banques, éditeurs, gros remettants, chambres de compensation…) reconsidère ses infrastructures de paiements afin d’éliminer les différences nationales au niveau des technologies de l’information et des dispositions commerciales utilisées par les systèmes de paiement de chaque pays membre de la zone SEPA.
Dans le cas des CSM nationaux, comme CORE en France, des travaux d’adaptation ont été menés sur les systèmes d’information, dans l’objectif de permettre l’acquisition et la restitution des paiements SEPA entre banques du même pays uniquement.
Finalement, chaque participant direct est libre d’adhérer aux services (dès lors qu’ils sont proposés dans le pays où l’opération est échangée) et aux CSM de son choix. A partir du moment où ils y ont souscrit, leur BIC est atteignable pour un service donné.
Les organes de gouvernance
Le principe d’autorégulation qui caractérise la mise en place du SEPA par les banques n’a pas suffi et a nécessité une intervention normative par le législateur européen pour dynamiser l’avancement du projet.
Aussi, les règlements relatifs aux dates butoirs de 2012 ont permis de donner un caractère obligatoire à la migration des paiements nationaux vers le SEPA. De plus, ils ont mis fin à la période de transition où les dispositifs de chaque Etat cohabitaient avec les nouveaux moyens de paiement.
Ensuite la création d’un organe de gouvernance pan-européen, le Conseil SEPA, est venu renforcer le mécanisme. Il a permis une implication plus formalisée des représentants de haut niveau. En effet, cet organe est coprésidé par des représentants de la Commission européenne et de la Banque Centrale Européenne. Depuis, le conseil SEPA a été remplacé par l’Euro Retail Payments Board, présidé par la BCE et composé des représentants du marché des moyens de paiement, du côté de l’offre et de la demande.
Au niveau national, chaque Etat s’est doté d’un comité national pour coordonner au niveau de chaque pays les différents acteurs. En France, le Comité national SEPA a coordonné la migration, conjointement avec la Banque de France et la Fédération Bancaire Française.
Les prochains défis à relever
Plusieurs sujets sont à l’ordre du jour, en commençant par la nécessité de réaliser des économies d’échelle pour rentabiliser les investissements.
A titre d’illustration, depuis 2013, STET, société française, est devenue l’opérateur de paiement de la communauté bancaire Belge, mutualisant l’infrastructure.
Au-delà, il convient à court terme de :
Mieux gérer les codes rejets qui sont aujourd’hui mal appréhendés par les utilisateurs,
Clarifier un certain nombre de règles opérationnelles,
Maintenir l’effort d’adaptation des équipes projet : en effet la séquence first du SDD devient facultative à la fin de l’année des améliorations de traitement des R-Messages en insistant sur le STP, débouchant sur une réduction du traitement manuel.
Combattre la fraude aussi bien dans un cadre national mais également européen.
Sans parler des défis posés par la DSP2, de l’instant payment,et du Blockchain, à décrire dans un prochain article.
Glossaire : ABE : Euro Banking Association AOS : Additional Optional Services BCE : Banque Centrale Européenne BIC : Business Identifier Code CORE : COmpensation REtail CSM : Clearing and Settlement Mechanism DSP : Directive des Services de Paiement EPC: European Payments Council ERPB : Euro Retail Payments Board IBAN : International Bank Account Number MINOS : Manuel Interbancaire des Normes d’Opérations NNE : Numéro National D’Emetteur ODR : Operation Débit Rédressement OCR : Opération Crédit Redressement SCT : SEPA Credit Transfer SDD : SEPA Direct Debit SEPA : Single Euro Payments Area STEP2 : Système géré par l’ABE, permettant l’échange d’opérations de masse en euro STET : Systèmes Technologiques d’Echange et de Traitement SWIFT : Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication TIP : Titre Interbancaire de Paiement UE : Union Européenne XML : eXtensible Market Language
La fonction Architecture évolue souvent de manière cyclique : animatrice des transformations de l’entreprise un jour, décriée et sans ressources le lendemain; tel le phœnix elle doit souvent renaître de ses cendres. Ces cycles ne sont pas inéluctables, pour peu que l’architecte sache résoudre cette équation : se montrer indispensable et préserver son existence.
En matière de système d’information, le rôle de l’Architecte est régulièrement discuté, remis en cause et doit en permanence être justifié. Pourtant, dans le secteur du bâtiment, aucun promoteur sensé n’envisagerait de se passer d’un Architecte, garant à la fois de la bonne réponse de l’ouvrage à ses besoins, mais aussi de sa conformité et de son évolutivité.
Dans nombre d’entreprises, nous voyons naître une fonction d’Architecture soit à l’occasion d’un grand programme de transformation, soit parce que la complexité du SI ou simplement le déficit de connaissance de celui-ci rend son évolution difficile et coûteuse. Dès lors, l’Architecte est reconnu comme le messie qui va résoudre tous les problèmes et réaligner le SI avec les enjeux stratégiques de l’entreprise.
Pour autant, une fois ces tâches réalisées avec efficacité, son existence sera remise en cause et éventuellement sacrifiée sur l’autel des réductions budgétaires ou simplement de la volonté de réduire son influence.
Ainsi, selon un cycle plus ou moins long, les fonctions Architecture alternent des périodes de forte influence et d’autres de désintérêt. L’Architecte, comme nos amies les abeilles, doit composer avec ce paradoxe : être indispensable tout en luttant pour sa survie.
Certaines entreprises ont démontré que ces cycles ne sont pas inéluctables et la bonne nouvelle est que l’Architecte lui-même dispose des clés de son succès :
L’apport permanent de valeur ajoutée
Il en va en théorie de toute fonction de l’entreprise, mais c’est encore plus vrai de l’Architecte. Ses interventions doivent toujours apporter de la valeur aux projets ou à l’actualisation de la trajectoire au bénéfice de l’entreprise dans son entier. Pour cela, il faut choisir ses combats. Si l’Architecte doit tout voir de l’évolution du SI à un moment ou un autre, il ne doit en aucun cas apparaître comme un administratif qui appose son tampon sur tous les dossiers. Il doit savoir sélectionner les projets ou études sur lesquels il apportera de la valeur à l’entreprise, en regard des enjeux d’architecture qu’ils portent, eux-mêmes en lien avec les orientations stratégiques de l’entreprise.
Dans cette logique, la fonction Architecture ne pourra plus être vue comme un coût mais comme un investissement dont la rentabilité réside dans le rapport qualité/prix des solutions et les erreurs évitées.
L’ajustement du dispositif
L’activité des architectes varie en fonction des plans d’évolution du SI. Pourtant, les équipes d’architectes sont généralement très stables, ce qui se justifie souvent par la volonté de conserver les sachants qui seront précieux lors des futures sollicitations. Plutôt que de meubler les périodes de baisse d’activité par des travaux d’intérêts limités, le responsable de l’architecture doit construire un dispositif ajustable en fonction de la charge, par exemple avec un minimum de recours à la sous-traitance, sans attendre qu’une directive budgétaire vienne s’en charger à sa place.
Le renouvellement des forces
La fonction Architecture doit faire preuve d’innovation, ou à minima de créativité afin de challenger en permanence la pertinence des choix et des règles établies. L’apport d’un regard neuf est indéniable et évite de reproduire par la routine les mêmes réflexes. Pour reprendre l’image du bâtiment, il n’est pas si fréquent de confier la réhabilitation d’un immeuble à l’Architecte qui l’a conçu. Ce renouvellement peut être obtenu grâce au pilotage de la mobilité des collaborateurs, ou encore par un apport régulier de conseil spécialisé pour les travaux les plus structurants. Pour permettre ce renouvellement dans la continuité, il faut bien entendu tenir à jour la documentation des plans du SI et de ses règles de construction.
L’influence plutôt que le pouvoir
Enfin, et c’est peut-être le point le plus essentiel, l’Architecte doit avoir pour rôle principal d’éclairer les décisions des décideurs de l’entreprise sans se substituer à eux. La tentation est grande pour l’architecte d’imposer ses points de vue, en particulier lors de grands plans de transformation. En effet, la vision globale et à long terme qu’il est souvent le seul à apporter peuvent le convaincre de posséder seul les solutions aux problèmes posés et donc de les imposer aux différents acteurs sans que ceux-ci les comprennent vraiment. Or, si l’Architecte se doit d’exercer une influence sur les décisions structurantes pour le SI de l’entreprise, il ne doit pas chercher à exercer un pouvoir sur celle-ci. A défaut, ceux qui possèdent réellement le pouvoir saurons le lui rappeler le moment venu, et ainsi réduire considérablement son potentiel voire son existence même.
Au final, il est bien normal que les architectes soient challengés en permanence et c’est aussi ce qui rend ce métier passionnant. L’application de ces quelques règles conduit à apporter la valeur, l’agilité, l’innovation et l’influence de nature à répondre à ce challenge.
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Planifier l’évolution du SI: un projet d’entreprise
Planifier l’évolution du SI: un projet d’entreprise
Le plan de transformation pluriannuel du SI est un outil pour aligner le SI sur les ambitions de l’entreprise. Il est constitué d’une une feuille de route pertinente et adaptable aux imprévus qui surviendront à court et à long terme. Son élaboration implique et mobilise tous les acteurs sur lesquels repose sa réussite, c’est un projet managérial pour rendre l’entreprise plus performante.
L’alignement stratégique a remplacé le schéma directeur
Nul doute que les démarches de schémas directeurs que nous connaissions auparavant ont changé. Elles étaient souvent ponctuelles et très longues, voire peu opérationnelles. Le rythme croissant du changement les a finalement disqualifiées.
Pour autant les entreprises restent confrontées peu ou prou aux mêmes grandes questions, suivant leur situation :
Optimiser les coûts ou assurer la pérennité des moyens informatiques ;
Faire évoluer l’organisation et la gouvernance de la fonction SI ;
Aligner le SI sur les enjeux opérationnels des métiers tout en restant agile.
Pour y répondre, les managers et les dirigeants -pas seulement la DSI- sont amenés à imaginer le SI de leur entreprise telle qu’elle devrait être demain, soutenu par une trajectoire d’évolution réaliste. Sans cette trajectoire, adossée au présent et ancrée dans la réalité, l’accroissement de performance attendu n’aura pas lieu.
Une fois les réponses trouvées, la réussite de la mise en œuvre tournera en définitive autour d’une seule question « Comment les acteurs feront-ils faire grandir l’entreprise, en intégrant leurs priorités d’évolution définies et leurs propres capacity plannings ? ».
C’est à ces questions de management qu’aboutissent toujours les travaux et qui conduisent à rechercher la mobilisation des parties prenantes dès la phase de conception. En effet chacun s’investira d’autant mieux dans la transformation qu’il aura participé à l’élaboration de la solution et qu’il s’y identifiera.
Mais que doit-on faire pour mobiliser les équipes ? Nous rappelons trois grands principes que l’on ne devrait jamais oublier.
Prendre de la hauteur ensemble
Quotidiennement, les Directions Opérationnelles sont habituées à fonctionner au présent, « au quarter », à engager des projets à court terme. Lors de l’élaboration d’un plan de transformation elles sont appelées à se projeter et à penser le long terme : il ne s’agit pas seulement de traiter des demandes d’évolution en souffrance, mais d’énoncer des enjeux d’évolution, des objectifs à moyen terme, de repenser des processus, voire d’oser un nouveau « business model ».
C’est pour cela que le sponsor de la transformation doit impulser et maintenir un niveau d’ambition suffisant aux travaux, ménager un délai pour la réflexion, inciter et aider les directions à ajuster leur niveau d’engagement et leurs contributions.
Compte-tenu de la rapidité du cycle de transformation actuel (cf. l’évolution des applications des outils digitaux ou encore des réglementations), la mécanique des travaux doit être rapide, de l’ordre de 3 à 6 mois. Les travaux débouchent sur l’élaboration d’une cible, d’une trajectoire réaliste et d’un portefeuille de projets et d’initiatives transverses qui feront l’objet de révisions régulières. Cette révision sera l’occasion de prendre en compte des inflexions ou des nouveautés dans la stratégie, ou d’approfondir des sujets laissés de côté lors des cycles précédents.
La planification de la transformation, ponctuelle et orientée IT, devient collective et régulière, voire permanente.
Travailler (enfin) en équipe
Tous les acteurs de la transformation doivent être associés : Opérations, SI, Marketing, RH, finance, etc. Un climat de confiance doit être installé : la transversalité, réclamée à cor et à cri pour construire une entreprise plus performante, repose sur l’interdépendance entre acteurs qui ne peut s’envisager que dans un climat de concertation.
Chacun doit être amené à un état de « dialogue constructif », quelle que soit la situation de départ : pour les uns, abandonner l’obéissance passive, pour les autres, laisser tomber les résistances, pour d’autres encore, apprendre à écouter. Il faut battre en brèche l’idée que l’on va faire un état des lieux et pointer du doigt les fautifs et promouvoir la coopération.
Il revient au sponsor du plan de transformation, de prévoir un dispositif d’étude favorisant un mode de management bienveillant où les liens de subordination, les conflits trop appuyés, laissent place à plus de solidarité, plus d’échanges mais aussi plus de créativité. Chacun apporte ainsi sa valeur ajoutée à l’édifice commun et en retire plus de motivation en retour.
Faire évoluer le rôle de la DSI et des équipes IT
Enfin, le plan de transformation SI a pour destinataires l’ensemble des directions métiers. L’intrication croissante des prérogatives métiers et de celles de l’IT, notamment avec les démarches de digitalisation, conduit toute l’entreprise à fonctionner en partenariat avec sa DSI.
Pour les entreprises, où la DSI est encore vue comme un fournisseur de moyens, c’est un premier gros changement de culture à engager. Cela ne va pas forcément de soi quand les métiers ont pris d’autres habitudes et que la DSI se comporte comme une Direction Technique. En tout cas, la DSI peut profiter de l’opportunité de la démarche pour poser sur elle-même un autre regard. Bref, faire son marketing.
Finalement, l’élaboration du plan de transformation SI ne serait-il pas la seule occasion d’expérimenter de nouveaux modes de fonctionnement sollicitant toute l’entreprise ? La démarche ne pourrait-elle pas porter un projet d’entreprise à l’heure ou la performance de l’IT est une condition de survie ?
Ce serait alors une opération qui tirerait vers le haut toute l’entreprise et permettrait de se tourner vers le futur avec plein de bonnes intentions managériales : communiquer, faire confiance, responsabiliser, orchestrer, soigner l’ambiance, … dont on sait depuis longtemps qu’elles sont la clé de la motivation, de la performance et d’une bonne adaptation au changement.
Les projets et la trajectoire de transformation en seraient les premiers bénéficiaires. On commence quand ?