L’architecte doit il payer pour les dépassements budgétaires de la transformation ?
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L’architecte doit il payer pour les dépassements budgétaires de la transformation ?

Je découvre un article du 2 Juillet 2019 dans le journal le Parisien, un court article intitulé « L’architecte doit établir un budget juste ». Je n’ai pas pu m’empêcher d’établir le parallèle avec notre métier d’architectes d’entreprise.

L’article

« Si vous faites appel à un architecte pour une rénovation immobilière, il est tenu d’établir une prévision exacte du coût de l’opération. C’est ce que vient de déclarer la Cour de cassation dans une affaire où un architecte avait sous-évalué le projet. Il a « failli à son devoir de conseil », ont expliqué les juges. Précédemment, la cour d’appel avait déclaré qu’un dépassement « de l’ordre de 10 % » était admissible. Mais en l’espèce, l’architecte avait fixé un budget de rénovation inférieur de 15 à 25 % au coût habituel, « standard », c’est-à-dire qu’il avait prévu un coût de moins de 900 € par mètre carré au lieu du ratio standard qui est de 1?000 à 1?100 €.

De plus, cette estimation ne comprenait pas les finitions. Résultat : le coût total avait quasiment doublé le coût estimé. La justice a au contraire souligné la responsabilité de ce professionnel qui aurait dû se renseigner sur les souhaits et possibilités financières de ses clients pour faire une évaluation exacte.

Il a été condamné à prendre en charge le dépassement, à titre de dommages-intérêts pour ses clients. »

Stick to standards

Premier reproche à l’architecte :  ne pas avoir respecté les standards connus d’évaluation de son métier. Dans les métiers de l’informatique, ce n’est pas l’architecte mais le chef de projet qui fait le devis. Et il existe aussi des méthodes d’estimation des projets (points de fonction etc.) qui sont utilisées dans les entreprises. Surtout dans nos métiers, la décision ne se prend jamais seul, les évaluations sont souvent challengées par plusieurs personnes pour arriver à des devis proches de la réalité. Et dans le doute, on se raccroche à des projets déjà réalisés ou des métriques connues. Doit on afficher ou faire connaitre les standards de nos métiers ?

Comply or explain

2ème reproche : si l’architecte s’écarte des standards il a le devoir de justifier cet écart. Un des principes de construction de l’IT est « comply or explain ». Si vous n’êtes pas conformes, vous allez devoir expliquer pourquoi. Ce n’est pas interdit de sortir du cadre fixé, mais il faut alors le justifier, ce qui a manqué à l’architecte mis en cause dans l’article. Le fait de travailler à plusieurs force les échanges et donc les explications.

Quel périmètre pour évaluer le projet ?

3ème reproche : il avait oublié les finitions dans son évaluation. Ne pas bien évaluer le périmètre et ne pas l’expliciter fait bien partie des missions de l’architecte envers ses clients. L’architecte fait les plans de la transformation et doit donc bien expliquer son devis et ce qui est compris dedans ou pas. Dans nos métiers et projets, il s’agit de se mettre d’accord sur la reprise des données, la mise à jour des interfaces etc. Un credo : toujours expliquer ce qui va être fait mais aussi ce qui ne sera pas fait.

Le budget du client

Dans l’explication de la condamnation, le jugement précise que l’architecte aurait dû se renseigner sur les souhaits et possibilités financières de ces clients pour établir une évaluation exacte. Effectivement, c’est un créneau essentiel dans nos métiers. On peut rêver mais « nous avons toujours plus d’idées que de budget ou de capacité à faire ». Bien expliquer où doivent se concentrer les investissements et pourquoi. Quelle valeur va être retirée des investissements prévus.

Conclusion

Le jugement ne fait que reprendre des arguments qui relèvent du bon sens :

  • Justifier ses décisions et donc ses devis
  • Bien valider avec le client ses attentes et ses possibilités financières
  • Respecter les standards du métier ou expliquer les écarts
  • Bien décrire le périmètre du devis
  • Ne jamais être seul en charge des évaluations, toujours avoir quelqu’un avec qui partager / échanger

Gageons que ce rappel des bonnes pratiques ne concerne qu’une minorité de professionnels.

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